Insolite — 17 février 2010 at 09:30

Pratiquez-vous l’éco-culpabilisation?

par

Un billet d’humeur de François Cardinal paru récemment sur La mère blogue[1] m’a fait réfléchir. M. Cardinal gagne sa vie comme chroniqueur en environnement et il applique son savoir à toutes les sphères de sa vie, spécialement à l’éducation de ses enfants. Pourtant, il avoue ne pas être un fan des livres pour enfants à saveur environnementale. Il trouve que leur discours a quelque chose de religieux, de moralisateur. Comme si on tentait d’endoctriner nos enfants plutôt que de les aider à développer un esprit critique par rapport à la question environnementale. Il semble même penser que le discours alarmiste que nous leur tenons sur la dégradation de notre planète les lassera au point où ils voudront le rejeter du revers de la main plus tard.

Même si je trouve le point de vue de François Cardinal intéressant, je ne suis pas certaine de le partager. Je ne suis pas encore une mère, mais je pense que même si je trouve que le discours des environnementalistes sonne parfois moralisateur, nous  sommes rendus à un point où nous devons agir. Les nouvelles générations devront malheureusement trouver des moyens pour régler les problèmes que nous leurs léguons et nous devons les conscientiser le plus tôt possible. La façon la plus efficace d’éduquer nos enfants reste de donner le bon exemple (je pense à ma mère qui m’a inculqué les valeurs de respect de la planète par ses comportements), mais nous sommes dans une situation critique et nous devons changer les choses rapidement. Pouvons-nous vraiment comparer un discours religieux et contrôlant à un discours de sensibilisation à l’environnement, alors que notre survie collective en dépend?

Il n’en demeure pas moins que tous ceux qui ont l’écologie à cœur se sont sentis moralisateurs à un moment ou a un autre. Moi-même, je jette un regard culpabilisant à mon colocataire quand il revient du dépanneur avec UNE pinte de lait dans un sac de plastique. Ça m’exaspère de voir ses boites de conserve dans la poubelle, simplement parce que ça demande un effort de les rincer avant de les mettre au bac ou de constater qu’il a encore acheté du papier de toilette trois épaisseurs non fait de papier recyclé pour plus de confort. Sans être vraiment problématique, la situation peut parfois être délicate. Et nous sommes simplement colocataires, pas un couple.

Un article paru dans le New York Times il y a un mois[2] rapportait que les psychologues ont noté de façon généralisée une hausse des conflits de couples par rapport à la question environnementale. Ces conflits surgissent surtout lorsqu’un des membres du couple décide d’imposer des changements de consommation au sein de la maison alors que les autres membres de la famille n’y sont pas prêts. La personne qui change a souvent tendance à culpabiliser  les personnes qui sont réfractaires.

Alors que cette situation peut être invivable pour certains couples et faire sourire ceux qui ont la chance d’être au diapason face à la question de l’environnement, je ne peux que me réjouir. Je pense que quand un problème devient si répandu que les médias de masse et les psychologues en parlent de façon généralisée, nous pouvons considérer que la préoccupation par rapport à l’environnement n’est plus une tendance passagère, mais bien une tendance lourde. Nous n’en sommes pas tous au même point et nous adoptons de nouvelles pratiques de consommation chacun à notre rythme. Les changements durables ne s’effectuent pas rapidement et sans heurts. Et ce qui pouvait sembler marginal autrefois semble maintenant pratique courante, comme le recyclage, par exemple.

Alors, quelle est la solution? Comment communiquer le message et tenter d’arriver à un compromis? J’essaie de passer mes commentaires à mon coloc en douce, en souriant. Rien de pire qu’une moralisatrice pour donner envie de faire le contraire, c’est vrai. Des fois, je rince les pots sales qu’il a mis au bac sans rien dire. Et depuis les deux années vécues ensemble, je vois un changement graduel s’opérer. Patience et tolérance. J’aimerais quand même que les lois soient plus sévères. Je rêve d’un monde où le seul papier de toilette disponible serait fait de papier recyclé! Peut-être suis-je un peu radicale?

Qu’en pensez-vous? Comment conscientiser les autres sans les attaquer? Pratiquez-vous l’éco-culpabilisation? D’après vous, quelles sont les sources de conflits les plus courantes par rapport à l’environnement?

Crédit photo : http://www.flickr.com/photos/a2gemma/


[1] http://bloguesmu.cyberpresse.ca/mere/2010/02/05/un-pere-blogue-environnement/

[2] http://www.nytimes.com/2010/01/18/science/earth/18family.html

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2 commentaires

  • Merci de votre commentaire.

    En effet, je suis d’accord avec vous que nous devons nous doter d’une « vraie pensée critique ». Le marché du carbone est en constante évolution et se devra selon nous d’être profitable tant pour les gouvernements, les entreprises, que les citoyens.

    Les changements climatiques sont un problème criant et tous et chacun devront trouver des solutions afin d’éviter l’ultime « destruction de la planète » dont vous parlez. Votre opinion est intéressante et suscitera, sans doute, le débat.

    Je partage avec vous un désir de léguer aux générations futures un monde où l’environnement est mieux géré qu’aujourd’hui. Tentons tous de travailler en ce sens!

    Au plaisir,

    Ariane Cambron

  • Bonjour,

    alors que le blogue de Mme Cambron nous invite à rester méfiant face à l’aspect moralisateur du discours environnementaliste dans la mesure où la moralisation ne contribue pas au développement d’une pensée critique, je me demande, que peut bien être cette pensée critique si elle n’envisage pas clairement la possibilité actuellement manifeste de la destruction planifiée du monde par l’industrie et les technosciences. Cette possibilité nous force à adopter une analyse radicale, c’est à dire, une analyse qui va à la source des problèmes. Alors que l’économie devient la seule finalité du projet humain, au point où la destruction de la planète devient un droit monnayable, c’est d’une vraie pensée critique dont nous avons besoin. Le « tout au marché » mènera à notre perte et la fausse pensée critique accélère ce processus.

    Alors que le discours d’écologistes patentés nous présentes le projet de hausses de tarifs d’HQ comme un bon moyen de diminuer la consommation d’énergie, c’est la majorité des simples employés qui se voient refuser un peu plus le droit à la dignité ( voir, http://www.iris-recherche.qc.ca/); je nous souhaite bonne chance à tous et toutes dans notre tentative de mener une vie authentiquement humaine.

    Étienne Guérette

    Voici un article assez intéressant sur la capitalisation des droits de polluer: http://www.decroissance.qc.ca/node/103

    Extrait:
    « Une bourse pour les affairistes du climat
    L’autre avenue importante préconisée par les instances publiques et les milieux d’affaires pour faire face aux changements climatiques est la mise sur pied de bourses du carbone. Voilà une initiative faite sur mesure pour les partisans du libre-marché et qui devrait faire le bonheur des milieux d’affaires.
    En quoi cela consiste-t-il exactement? Comme son nom l’indique, il s’agit d’une bourse, un marché dans lequel on retrouve des vendeurs, des acheteurs et des intermédiaires. Sauf qu’au lieu d’y négocier des actions d’entreprises, on s’y échange des droits et des crédits d’émission de carbone (CO2). Le cadre est généralement celui-ci : les gouvernements qui implantent de telle bourse imposent des quotas d’émission de carbone à respecter. Les entreprises qui ne respectent pas ces quotas peuvent alors acheter des droits de polluer aux entreprises qui possèdent des crédits d’émission à vendre. Les défenseurs d’un tel mécanisme affirment que cela aura pour effet de récompenser les « bons » élèves et de pénaliser les « mauvais ». Voilà pour la théorie.

    Une solution empoisonnée?
    Dans les faits, par contre, lorsqu’on y regarde de près, on réalise que nous avons possiblement affaire à une solution empoisonnée. Comme nous l’avons déjà évoqué, les bourses du carbone sont conçues sur mesure pour les affairistes. Comme le souligne le journaliste au Rolling Stone, Matt Taibi, une telle bourse « est simplement une taxe sur le carbone, structurée pour que des intérêts privés ramassent les revenus, au lieu simplement d’imposer un montant de taxe fixe sur la pollution au carbone et d’obliger les producteurs d’énergie polluante à payer pour la destruction qu’ils produisent » (3). Le mécanisme même de ces bourses est configuré afin de faire fructifier les placements. Comme les gouvernements prévoient de resserrer les quotas avec le temps, donc de limiter les possibilités de pollution, un phénomène de rareté se produira dans lequel les droits de polluer se feront de plus en plus rares, faisant ainsi le bonheur des boursicoteurs. Et qui paiera en bout de ligne cette hausse du coût des permis? Afin de ne pas rogner sur les profits des entreprises, il arrive souvent celles-ci compensent une hausse de taxe par une augmentation du prix du produit pour le consommateur. On peut donc parier sur le fait que celui-ci sera le grand perdant de ce marchandage boursier. Comme le soulignait André Bouthillier dans L’aut’journal sur le web : « Ainsi nous, les consommateurs, contribuerons au remboursement du permis et paierons les profits engrangés par les firmes de fonds spéculatifs, lesquelles se feront la course à la «bourse du carbone» pour faire monter les enchères et s’enrichir » « 

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