
Les négociations du Sommet de Cancún se sont terminées le week-end dernier. Même si les attentes étaient très basses pour un consensus entre les pays présents, le « sommet de la dernière chance » aura livré la marchandise, en grande partie.
Mieux que Copenhague
Le Sommet de Copenhague a été largement vu par l’opinion publique mondiale comme une mascarade de dirigeants mondiaux venus sauver le climat qui s’est terminée en queue de poisson, sans véritable moyen d’apporter du changement. Cette fois-ci, les chefs d’État ont laissé la place à leurs subalternes pour entreprendre les négociations : moins de paillettes, plus de résultats.
Les représentants des pays développés présents au Mexique se sont d’abord entendus pour élaborer un système de transfert de technologies vertes pour contrer la déforestation dans les pays en développement, qui est responsable pour 15 % des émissions mondiales annuelles de gaz à effet de serre. Le fonds d’investissement mis en place à Copenhague pour aider les pays émergeants à affronter les conséquences des changements climatiques sera également bonifié. Aux 30 milliards de dollars déjà annoncés, 100 milliards pourraient s’ajouter d’ici 2020. Tous les pays présents se sont également engagés à réduire leurs émissions de GES, sans toutefois se fixer d’objectifs précis. Les grands pays émetteurs, comme la Chine et les États-Unis, ont également accepté de subir des inspections quant à leurs méthodes de réduction d’émissions.1 En somme, ces mesures sont un pas dans la bonne direction, une façon pour le monde de se prouver qu’il est encore capable d’arriver à un consensus sur le climat. Ces consensus peuvent sembler timides, mais ils correspondent aux attentes que le monde avait du Sommet.
Des effets bénéfiques, mais minimes
L’objectif premier des discussions de Cancún était de réduire l’ampleur du réchauffement climatique pour les prochaines années. En prenant compte des mesures annoncées le week-end dernier, la température globale devrait augmenter de 3,2 °C; loin de l’objectif initial de 2 °C fixé avant d’entreprendre les pourparlers. Avec le réchauffement déjà entamé, évalué à 0,7 °C à l’heure actuelle, une augmentation supplémentaire de la température globale pourrait avoir des conséquences graves dans certaines parties du globe. Des pays d’Afrique ou d’Amérique du Sud, par exemple, généralement plus pauvres, auraient de la difficulté à s’adapter à un climat plus chaud.2 Les changements climatiques coutent déjà très cher à l’humanité. À titre indicatif, Greenpeace a évalué, sur son site internet, les coûts liés aux changements climatiques depuis le début le début du Sommet à plus de 5 milliards de dollars. On estime que, pour limiter le réchauffement à deux degrés, il faudrait diminuer rapidement les émissions de gaz à effet de serre de 25 à 45 % par rapport au niveau de 1990. Les accords actuels promettent une réduction de seulement 2 %. Certes, les impacts qu’auront les mesures décidées au Mexique seront sans nul doute bénéfiques, encore faut-il qu’elles soient mises en application. Avec aucun pouvoir coercitif, les accords de Cancún pourraient avoir un impact encore plus minime.
Le Protocole de Kyoto, grand oublié
La prolongation du Protocole de Kyoto était un point de discorde entre plusieurs pays, même avant le début des négociations de Cancún et c’est sans grande surprise que le dossier a été mis de côté, faute d’appuis et de volonté. Certains pays comme le Japon, la Russie et le Canada s’étaient déjà prononcés en défaveur de l’établissement de cibles contraignantes de réduction de GES, un peu comme le Protocole de Kyoto.3 Le débat devra cependant avoir lieu, Kyoto arrivant à échéance en 2012. Le Sommet de Durban, en Afrique du Sud, aura lieu en décembre prochain et sera celui où sera discuté l’avenir de Kyoto. La table est déjà mise pour ce qui sera probablement, en 2011, un autre « sommet de la dernière chance ».

Commentaires récents