
Le Grand Prix du Canada se tiendra du 8 au 10 juin à Montréal. Chaque année, le bilan environnemental de l’événement fait mauvaise presse. Mais en réalisant un faisant preuve de rigueur et en mettant les clichés de côté, on se rend compte que cet événement n’est pas nécessairement moins vert qu’un autre et qu’une mise en perspective peut être intéressante…
Le problème n’est pas dans les F1
Un chercheur de l’Université de Liège a dressé le bilan carbone du Grand Prix de Belgique de 2007, seules données disponibles à ce jour. Il n’a pas seulement recensé les émissions de CO2 liées aux formules 1 elles-mêmes où à leur fabrication, mais aussi celles associées au transport des écuries, visiteurs et journalistes. Bilan final : 8 400 tonnes de CO2 pour un événement de 3 jours accueillant 65 000 spectateurs.
En comparaison, le tournoi de tennis de Roland-Garros à Paris a généré, en 2008, 155 000 tonnes de CO2 sur 15 jours avec 400 000 spectateurs. Un rapport d’environ 7 tonnes par spectateur pour le Grand Prix de Belgique et 2,5 tonnes par spectateur pour Roland-Garros.
À première vue, on penserait tous que des formules 1 polluent davantage qu’un joueur de tennis sur un court, mais la réalité est toute autre. En analysant les sources des émissions de GES des deux événements, on voit que le problème ne réside pas dans les rutilantes et surpuissantes F1, mais plutôt dans les gens qui se déplacent pour les voir. Le déplacement des spectateurs et journalistes compte pour 90,5 % des émissions de GES du Grand Prix de Belgique et pour 95 % de celles de Roland-Garros.
Mais pourquoi les déplacements des spectateurs occupent-ils une si grande part de la facture environnementale de ce genre d’événements? Un Grand Prix ou un tournoi international de tennis attire des gens de partout dans le monde. Ces gens se déplacent forcément en avion. Et un déplacement en avion émet énormément de CO2 : par exemple, un vol Montréal-Paris en classe économique équivaut à 1 tonne de CO2 à lui seul. Le problème n’est donc pas la nature de l’événement, mais bien la façon dont les gens se rendent à cet événement.
La mauvaise réputation
N’importe quel événement où se rejoignent beaucoup de gens a un lourd bilan environnemental. Il est tout de même plus facile de faire ce genre de lien avec un événement dont le but est de faire rouler des voitures à toute vitesse pendant 3 jours. Mais la première opinion n’est pas toujours la bonne!
Pourtant, l’industrie de la F1 fait aussi sa part : McLaren a annoncé l’an dernier qu’elle serait la première écurie carboneutre. La Fédération internationale de l’automobile (FIA) s’est aussi dotée d’une charte environnementale avec des objectifs visant à rendre le sport plus vert : mise en place d’un système de récupération d’énergie cinétique au freinage, nouvelle règlementation, en vigueur en 2013, pour des moteurs moins énergivores, etc. La FIA vise même d’organiser le premier Grand Prix carboneutre en 2015.
Le Grand Prix de Montréal en prend beaucoup sur le dos lorsqu’il s’agit d’environnement, mais tout n’est pas toujours blanc ou noir! Si on en demande autant au plus grand événement au Canada en termes de retombées économiques, peut-être faudrait-il l’être tout autant pour les autres rendez-vous d’envergure de Montréal. Comme quoi il faut quelques fois aller plus loin que les à priori et les premières impressions!

Pour en savoir plus, je vous suggère la lecture de l’ouvrage « un sport vert pour ma planète » (Chiron 2012) dont je suis l’un des co-auteurs. Nous y passons en revue l’ensemble des impacts environnementaux du sport, soulignons les bonnes pratiques émanant de sportifs, d’organisateurs, d’associations, de Fédérations, ou de partenaires. Et faisons plus de 100 propositions concrètes, parfois très « agressives », pour que le sport devienne (enfin) plus vert.
Note importante: l’ouvrage est préfacé par Nicolas Hulot (Président de la FNH), Isabelle Autissier (la navigatrice Présidente du WWF-France) et Chantal Jouanno (ex-Secrétaire d’Etat à l’Ecologie et ex-minsitre des Sports).
Au plaisir de notre rencontre, virtuelle ou réelle.
Didier