Biodiversité — 28 juin 2012 at 10:42

Prix hédonique des paysages

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La beauté d’un paysage naturel procure à ses observateurs un sentiment de bien-être incommensurable. Vraiment? En fait, depuis quelques années, des chercheurs ont mis au point une méthode de prix hédonique, qui consiste à accorder une valeur à des biens et des services complexes, en considérant l’ensemble des composantes de ceux-ci. Ainsi, on peut attribuer à la nature une valeur concrète, qui met en évidence la beauté et les bénéfices qu’elle procure à nous, mais aussi à l’équilibre des écosystèmes.

Bien qu’elle soit très difficilement attribuable, une estimation chiffre cette somme colossale à 30 trillions de dollars par année dans le monde! Certains s’opposent vivement à donner un prix aux milieux naturels de peur de les marchandiser, alors que d’autres considèrent que c’est un excellent moyen pour conscientiser la population et les décideurs à l’importance de préserver un environnement sain.

New York se démarque

La Ville de New York a compris ce principe et a prouvé, à deux reprises, l’efficacité du capital naturel. Pour prévenir les inondations, New York a préféré investir 5,3 milliards de dollars dans l’entretien de ses espaces verts, plutôt que de dépenser 6,8 milliards pour améliorer le système de canalisation. La ville a appliqué le même principe lorsque le moment était venu de renouveler ses infrastructures d’eau potable. Elle a  investit dans la protection du bassin versant, notamment auprès des agriculteurs et de la gestion forestière, ce qui a fait de son eau potable, l’une des meilleures au monde! Beaucoup plus efficace que la construction d’une usine de filtration d’eau, cette alternative a aussi permis à la ville de divisé par trois les dépenses reliées à la résolution de ce problème. Dans les deux cas, les bénéfices retirés par la préservation de l’environnement ont été démontrés et ont incité plusieurs villes à en faire autant.

Attrayants même économiquement

Il a été déjà maintes fois démontré que demeurer à proximité d’espaces verts a des effets bénéfiques sur la santé, notamment en réduisant les risques de maladies respiratoires et de dépression, et sur l’écologie, où les arbres purifient l’air, filtrent l’eau, réduisent les îlots de chaleur et augmentent la biodiversité.

Il est aussi facile de constater que la beauté d’un paysage donne une valeur ajoutée au bien immobilier à partir duquel il est observable. Prenons l’exemple d’une chambre d’hôtel avec vue sur la mer, qui se loue à un prix largement plus élevé que son homologue ne bénéficiant pas de cet attrait. La présence de paysages naturels dans une région engendre des retombées économiques importantes pour celle-ci. En effet, en plus d’attirer des touristes et des visiteurs, la beauté des espaces naturels dans une région participe aussi considérablement à convaincre de nouveaux résidents à venir s’y établir; ainsi, la valeur des terrains et celle des taxes augmentent.

Le prix hédoniste d’un paysage varie selon certains facteurs, dont en premier lieu, la couverture des sols. Par exemple, la présence d’attributs paysagers tels la forêt, les jardins ou les haies, élève de 7,7 % la valeur des logements selon une étude québécoise réalisée en 2002. Les arbres ont également un prix hédoniste positif; 1 % d’arbres en plus sur un terrain augmente de 0,2 % le prix des maisons. 

La distance qui sépare le bien immobilier du paysage rentre aussi en ligne de compte pour le calcul du prix hédoniste. Ainsi, aux États-Unis, les biens immobiliers situés près d’une forêt voient leur coût augmenter de 19 à 35 %, alors que pour chaque rapprochement de 100 mètres d’un lac, la valeur de la propriété est valorisée de 1 600 $. Règle générale, c’est la proximité des espaces boisés et des cours d’eau qui augmente le prix hédoniste des terrains de banlieue, tandis qu’en ville, c’est plutôt la mitoyenneté des parcs qui est convoitée. Finalement, le statut juridique du terrain influence aussi la valeur du paysage. S’il y a possibilité de construction ou de modification du paysage, le terrain perdra de la valeur.

Phénomène NIMBY

Certains citoyens ont justement été témoins des impacts engendrés par la dénaturalisation de leur milieu. Ils ont alors créé le phénomène Not in my backyard (NIMBY) et contestent activement la construction d’infrastructures dans leur voisinage qui détériorent la qualité visuelle de leur paysage. On parle ici par exemple de construction d’autoroute, de lignes de train ou de TGV (train à grande vitesse), de l’installation d’antennes à relais, d’un site d’enfouissement des déchets, etc. (Nimby et Neimby : regard d’un juriste sur deux syndromes atypiques: POMADE, Adélie, 2012 Revue : Droit de l’environnement)

Pour préserver les milieux naturels

Les intérêts sociaux, écologiques et économiques que procure la beauté des paysages naturels rappellent l’importance de les préserver. Il faut donc que les municipalités considèrent ces avantages et travaillent au niveau de leur plan d’aménagement pour protéger et mettre en valeur les milieux naturels. Certaines associations œuvrent également dans le même sens; par exemple, l’Alliance québécoise pour la valorisation des paysages québécois tente de réduire la pollution visuelle due notamment à la surabondance des panneaux publicitaires qui dégrade la qualité des paysages.

Crédits photo: Google

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