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Posts Tagged ‘écosystèmes’

Quand les écologistes parlent le langage des banquiers

Mercredi, juin 9th, 2010

L’économiste Pavan Sukhdev, conseiller des Nations Unies sur l’économie verte

L’idée de parler d’environnement avec le langage des hommes d’affaires n’est pas chose nouvelle. Malgré quelques préjugés tenaces, la dégradation de l’environnement n’est plus seulement la cause des scientifiques, mais l’affaire de tous, dirigeants et économistes inclus.

En 2006, l’économiste britannique Nicholas Stern a créé une commotion en publiant à la demande du gouvernement Blair  son fameux rapport Stern sur l’économie des changements climatiques.. Ce rapport de 700 pages a changé la façon dont les gouvernements perçoivent les changements climatiques liés à l’activité humaine. En effet, même si la notion avait été discutée dans le passé, le rapport Stern marque une prise de conscience généralisée quant à l’importance de l’impact des changements climatiques et leurs conséquences environnementales sur l’économie. On a enfin réalisé que la dégradation de l’environnement aurait non seulement des répercussions sur les habitats naturels, mais aussi un prix à payer, soit 6 500 milliards de dollars US en dix ans pour être précis[1]. De quoi paniquer!

Peut-être que les dirigeants avaient besoin qu’on parle leur langage afin de se sentir concernés?

Selon Nicholas Stern, les changements climatiques représentent une perte de rentabilité pour les pays, car  il coûterait beaucoup plus cher de réparer les dégâts qu’ils occasionneront que de les prévenir. Par ailleurs, près de 200 millions d’humains pourraient voir leur habitat de vie disparaitre ou être dégradé au point de devoir migrer, ce qui engendrerait d’autres dépenses. Pour freiner les émissions de gaz à effets de serre, Nicholas Stern a fait plusieurs recommandations, dont la lutte contre la déforestation et la poursuite de l’établissement d’un marché du carbone, afin de taxer les gros émetteurs et de faire crédit aux petits émetteurs. Vous pouvez consulter un excellent résumé du rapport Stern sur le site Automates Intelligents.

Toujours est-il qu’en cette année de la biodiversité, la notion économique liée à la dégradation de l’environnement semble prendre un nouveau tournant. Plusieurs économistes, dont Pavan Sukhdev, un économiste de haut niveau et conseiller des Nations Unies sur l’économie verte, associe non seulement un coût aux changements climatiques, mais voit les écosystèmes d’un pays comme étant des actifs à calculer dans le PIB.

Cité dans La Presse affaires, Monsieur Sukdhev établit une théorie intéressante :

«Le problème est psychologique. La société moderne a une fixation sur les marchés. On pense qu’il n’y a rien d’autre que les marchés, que tout ce qui n’est pas transigé n’a pas de valeur.[2]»

Autrement dit : on perçoit que l’air, un composé vital, ne vaut rien, alors qu’un diamant a une grande valeur, même s’il ne sert à rien. Pourtant, les écosystèmes ont une valeur économique même s’ils ne sont pas transigés en bourse. Pavan Sukhdev croit qu’en mettant un prix sur les richesses publiques créées par la nature, les gouvernements prendraient conscience qu’il est rentable de les protéger. C’est une question de voir les choses autrement.

Par ailleurs, l’Union Européenne se rencontrait à Bruxelles début juin, dans le cadre de la Green Week Conference, une conférence annuelle sur l’environnement. Le thème de la biodiversité y étant à l’honneur, on y a discuté de l’impact économique de la perte de celle-ci. Par exemple, la diminution de sources d’eau potable entrainera des coûts d’installation de systèmes d’épuration et la dégradation d’écosystèmes naturels mettra plus de pression sur l’agriculture. On évalue aussi que la perte de biodiversité aura des conséquences néfastes sur la prolifération des maladies chez l’homme, ce qui entrainera des hausses de dépenses médicales[3].

Des économistes présents ont soulevé l’idée d’établir une bourse de la biodiversité, sur le modèle d’une bourse du carbone. Au lieu d’encadrer l’investissement dans des projets qui permettent de réduire globalement les émissions de gaz à effets de serre, la bourse encadrerait les investissements dans des projets permettant de restaurer la biodiversité d’un endroit. Intéressant n’est-ce pas?

Malgré le fait que je comprenne les critiques qui s’opposent à une économie de l’environnement, je pense que nous n’avons réalistement pas le choix d’inclure des notions de marché à la protection de notre planète. Je crois, comme Pavan Sukhdev, que l’économie verte « n’est pas une mode[4]» et qu’elle se développera de façon exponentielle dans les années à venir. Et vous?

Crédit photo : Flickr/IUCNweb


[1] http://www.automatesintelligents.com/echanges/2006/nov/rapportstern.html

[2] http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/macro-economie/201005/21/01-4282550-pour-une-economie-de-la-biodiversite.php

[3] http://www.nytimes.com/2010/06/07/business/energy-environment/07iht-green.html?pagewanted=1&sq=pavan%20sukhdev&st=cse&scp=1

[4] http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/macro-economie/201005/21/01-4282550-pour-une-economie-de-la-biodiversite.php


Montréal, ville verte?

Mercredi, février 10th, 2010

Le magazine canadien Corporate Knights publiait ce mois-ci son palmarès des villes canadiennes les plus avancées en matière de développement durable au Canada.[1] Montréal s’y classe quinzième (!) derrière Toronto, Edmonton, Calgary, Ottawa, Winnipeg, Québec et plusieurs autres. Vancouver est pour sa part, la grande gagnante du palmarès.

Corporate Knights a mesuré les villes selon cinq paramètres :

-l’intégrité écologique : la protection des écosystèmes

-la sécurité économique : l’économie locale est favorisée

-les infrastructures : la ville est conçue pour l’humain

-la gouvernance participative (traduction libre de gouvernance and empowerment) : la ville est administrée pour le bien collectif et avec transparence

-la qualité de vie : l’esprit de communauté est bien développé

La méthodologie de Corporate Knights est simple : elle a jugé les villes selon plusieurs critères répartis sous les cinq catégories. Elle ensuite envoyé un sondage aux administrateurs municipaux sur les programmes mis en place en 2009, pour s’assurer de bien juger les villes sur l’année en cours.

Montréal a surtout perdu des points pour la sécurité économique et  l’intégrité écologique (mais elle score sous la moyenne dans toutes les catégories, sauf dans celle de la qualité de vie). Il est un peu étonnant de voir qu’elle se classe mieux dans la catégorie de la gouvernance que dans les deux autres. Peut-être que le scandale de la construction n’avait pas encore éclaté lors de l’évaluation du magazine.

Il n’y a malheureusement pas beaucoup d’informations sur ce que les autres villes font, concrètement, mieux que Montréal. Corporate Knights avait fait paraitre un dossier complet l’an passé, il sera peut-être publié ultérieurement pour le classement 2010. Nous vous tiendrons au courant. Il semble toutefois que notre ville aime s’entourer d’une aura avant-gardiste en matière de développement durable mais ne semble pas livrer la marchandise.

Les politiques de développement durable de la Ville de Montréal

Pourtant, le maire Tremblay dévoilait en grande pompe la deuxième phase (2007 à 2009) de son premier plan de développement durable, en mars 2007. Les 36 actions visant à faire de Montréal une ville durable couvraient  quatre secteurs, soit l’amélioration de la qualité de l’air et la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), l’amélioration des milieux de vie résidentiels, la gestion durable des ressources et l’adoption de bonnes pratiques de développement durable.

En fait, la volonté de se doter d’un premier plan stratégique en matière de développement durable est issue du Sommet de Montréal tenu en juin 2002. La Ville, en partenariat avec divers acteurs municipaux,  a adopté le premier plan de développement durable qui s’est échelonné sur cinq ans depuis avril 2005. Ce premier plan s’est divisé en deux phases : 2005-2007 et 2007-2009. Confus? C’est normal, les documents officiels de la Ville de Montréal  le sont tout autant. Allez jeter un coup d’œil au Premier plan stratégique de développement durable de la collectivité montréalaise Phase 2007-2009 : http://ville.montreal.qc.ca/pls/portal/docs/page/dev_durable_fr/media/documents/PSDD_2007-2009F.pdf

J’ai réussi à trouver un tableau récapitulatif des quatre secteurs découpés en actions concrètes, dont des actions vedettes, celles sur lesquelles la Ville désirait insister le plus : http://ville.montreal.qc.ca/pls/portal/docs/page/dev_durable_fr/media/documents/Plan_2007-2009_En_bref.pdf

Il est malheureusement très difficile de trouver de l’information sur les résultats de ce plan d’action, qui contient plusieurs bonnes idées, mais qui ne présente pas de méthode pour quantifier de façon concrète les améliorations apportées.

Le bilan du premier plan de développement durable selon les dirigeants municipaux

Interviewé par Claude Lafleur pour Le Devoir[2] en novembre, Alan de Souza, maire de l’arrondissement de Saint-Laurent et responsable du développement durable et du développement économique à la Ville de Montréal, affirme que le bilan de ces cinq dernières années est positif même si du chemin reste à faire. Il cite en exemple les services d’incendie, de police et de transport en commun qui se sont dotés d’un plan de développement durable. Il est également fier du programme de certification verte qui s’applique à tous les nouveaux édifices bâtis à Montréal.

Le deuxième plan de développement durable de la Ville de Montréal entre en vigueur en 2010. En fait, ce plan se veut une continuité du premier, mais il intégrera des enjeux économiques et sociaux. La Ville n’a pas encore diffusé de communiqué détaillant le projet. À suivre…

Dommage

Plus de paroles que d’action, à l’Hôtel de Ville? Les dirigeants pourraient puiser un peu d’inspiration de villes carboneutres comme Seattle, qui reçoit beaucoup de presse favorable ces temps-ci[3]. Des exemples de son avant-gardisme : les transports en commun y sont gratuits au centre-ville et toute sa flotte d’autobus est hybride.

Par ailleurs, un projet de société se construit à plusieurs et le succès de Seattle est attribuable à la fois aux initiatives de ses citoyens et à sa gestion intelligente. Et si une partie de la responsabilité de faire de Montréal une leader en matière de développement durable nous revenait à tous?


[1] http://www.corporateknights.ca/special-reports/64-most-sustainable-cities-in-canada/526-2010-sustainable-cities-ranking.html

[2] http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/272021/montreal-le-developpement-durable-est-l-affaire-de-tous

[3] http://www.cyberpresse.ca/environnement/201002/05/01-946996-seattle-le-secret-dune-ville-verte.php



L’Année de la biodiversité pour les nuls

Lundi, janvier 18th, 2010

2010 a été déclarée l’Année de la biodiversité par l’ONU. Si vous êtes comme moi, vous avez une vague idée du concept et vous comprenez que la biodiversité, ou diversité biologique, est liée à l’importance de préserver la survie des différentes espèces et l’équilibre des écosystèmes. Mais concrètement, l’Année de la biodiversité, ça veut dire quoi? Et quels sont les moyens tangibles utilisés pour la protéger?

Bio-quoi?

Selon le site web d’environnement Canada (http://www.ec.gc.ca/default.asp?lang=Fr&n=CBCF3AB8-1):

« On entend par biodiversité, ou diversité biologique, la variabilité entre les organismes vivants au sein d’une espèce (diversité génétique), entre les espèces (diversité spécifique) et dans les écosystèmes (diversité écosystémique). La biodiversité est importante non seulement en raison de sa valeur intrinsèque, mais aussi pour ce qu’elle nous fournit, par exemple, de l’air pur et de l’eau propre, des composés pour de nouveaux médicaments et des semences pour les nouvelles cultures. La perte d’espèces ou le changement dans la composition des espèces peuvent menacer la santé des écosystèmes et avoir un effet sur notre durabilité économique et socioculturelle. »

En fait, la notion même de biodiversité est plutôt récente puisque le terme date de 1992. Préserver la biodiversité c’est donc concevoir une façon de préserver les ressources naturelles (les espèces animales et végétales ainsi que les écosystèmes) de façon durable, entre autres parce que notre survie en dépend.

Et pourquoi avoir déclaré 2010 Année de la biodiversité ?

L’ONU a déclaré 2010 Année de la biodiversité afin d’alerter l’opinion publique sur les conséquences du déclin de la biodiversité dans le monde. En effet, plusieurs scientifiques sonnent l’alarme et affirment que nous sommes près d’une phase d’extinction d’espèces de masse. La destruction d’écosystèmes naturels causée par l’homme a cru à un rythme soutenu depuis les années 70, en particulier les forêts primaires et tropicales, les mangroves, les cours d’eau et les océans. Si nous ne changeons pas la façon dont nous exploitons nos ressources naturelles, 25 % des espèces connues pourraient avoir disparu d’ici 2050.

Les enjeux

Ça représente, par exemple, la destruction de 19 % des récifs coralliens depuis 50 ans, un des écosystèmes les plus menacés de la planète. En fait, les récifs coralliens sont menacés d’extinction complète d’ici quelques décennies si la situation ne change pas. La destruction des récifs coralliens est causée à la fois  par l’activité humaine directe (pêche, pollution), par l’augmentation du niveau de CO2 dans l’atmosphère, par la déforestation et par l’acidification des océans. Or les récifs coralliens jouent un rôle primordial pour l’homme. Ils protègent les côtes des catastrophes naturelles, fournissent l’habitat de plusieurs espèces de poissons et représentent une bonne source de revenus touristiques.

On estime aussi que depuis 2000, les forêts primaires ont perdu 6 millions d’hectares par an, directement lié à l’activité économique de l’homme, dont le commerce de bois précieux. La destruction de ces forêts favorise l’extinction des espèces animales et végétales, le réchauffement climatique, le déplacement des tribus qui y vivent et la désertification et peut donc avoir des conséquences irréversibles sur notre qualité de vie. La destruction d’un écosystème a toujours des conséquences sur un autre écosystème qui en dépend. Comprendre ce principe, c’est comprendre l’importance de protéger la biodiversité.

Alors, on agit comment ?

En 1992, le Canada a ratifié la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique. Ce traité visait trois objectifs principaux : la conservation de la diversité biologique, l’utilisation durable de ses éléments et le partage juste et équitable des bienfaits qui résultent de l’utilisation des ressources génétiques de la diversité biologique. Or, ce traité, ratifié par 190 pays, ne semble pas remplir sa mission de façon assez efficace.

L’UNESCO organisera donc tout au long de 2010 plusieurs événements, y compris une exposition itinérante, en lien avec la protection de la biodiversité à l’échelle mondiale afin d’informer et de sensibiliser le public, ainsi que de pousser les dirigeants et les citoyens à l’action concrète.

L’Année internationale de la biodiversité sera soulignée le 20 septembre 2010 par l’Assemblée générale des Nations Unies. Cet événement préparera le terrain au Sommet de la biodiversité tenu le mois suivant à Nagoya, au Japon. Lors de ce sommet, les gouvernements fixeront les objectifs et les étapes nécessaires pour contrer la perte de la biodiversité, un défi de taille.

Et moi ?

Au quotidien, agir pour préserver la biodiversité, c’est essayer de réduire son empreinte énergétique, de favoriser l’achat de produits locaux et biologiques et d’éviter de consommer et d’acheter des espèces menacées (poissons, bois précieux, etc.). On peut aussi faire pression sur les gouvernements en signant des pétitions, en écrivant à ses députés et, en participant à des manifestations…

À vous de jouer !

http://www.biodiversite2010.fr/3.html

http://portal.unesco.org/fr/ev.php-URL_ID=46227&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html

http://biodiversite.mediasfrance.org/spip.php?article64

http://biodiversite2012.org/V2/surveiller/breves/changement-climatique-et-risque-de-destruction-imminente-des-recifs-coralliens.html?d5779e40fd759177dbdc2266c834a353=9418596d153590b4fd7a9c562b22e495

http://www.vedura.fr/environnement/biodiversite/recif-corallien

https://www.zsl.org/science/news/join-our-campaign-to-save-the-worlds-coral,1209,AR.html

http://www.ec.gc.ca/envirozine/default.asp?lang=Fr&n=5EC385CB-1

http://blogue.sciencepresse.qc.ca/genetique/item/728



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