Le consortium Ouranos, un organisme basé au Québec et regroupant de près de 250 scientifiques a publié le rapport « Savoir s’adapter aux changements climatiques[1] » au début du mois de juin dernier. Les publications de ce type de rapport, depuis 2004, aident le Québec à se faire un portrait concret de la situation du réchauffement climatique et des conséquences qui y seront liées sur son propre territoire, plutôt que d’aller chercher l’information ailleurs et de l’adapter. Le rapport 2010 émet quelques conclusions intéressantes en ce qui concerne les conséquences des changements climatiques au Québec, dans un futur pas si lointain. Certaines observations sont même étonnantes. Ce rapport est un avant goût de l’avenir et il nous fait réaliser que le climat influence pratiquement toutes les sphères de la vie, de l’activité économique à la santé.
Des impacts négatifs… et positifs ?
D’entrée de jeu, le rapport émet une hypothèse intéressante : les premières manifestations des changements climatiques auront des impacts à la fois positifs et négatifs. Par contre, il ne faut pas se réjouir des changements qui nous semblent positifs trop rapidement. Plus on s’éloigne dans le temps, plus les concentrations de GES augmentent et plus les impacts sont importants. Les impacts qui pouvaient sembler positifs de prime abord deviendront négatifs à long terme.
Le rapport regroupe les impacts en quatre catégories : l’environnement bâti, les activités économiques, les populations humaines et les systèmes naturels. Alors en exemples concrets, ça donne quoi?
Les transports
Le Québec est un vaste territoire dont la population est dispersée. Les transports jouent un rôle prépondérant dans notre économie. Les changements des moyennes de température et des précipitations affecteront l’usage des moyens de transport et les infrastructures. Par exemple, une hausse du phénomène de gel et dégel menace d’affecter les chaussées de façon plus marquée. Bref, malgré des hivers plus doux, le phénomène des nids de poule ne risque pas de s’atténuer. Par ailleurs, on s’attend à une hausse de l’intensité des précipitations, ce qui pourrait provoquer plus de glissements de terrains et une hausse des conditions de conduite difficiles. Une baisse du niveau du fleuve pourrait affecter le transport de marchandises et toute l’économie en découlant.
Le tourisme et les loisirs
Le climat est un facteur déterminant des activités touristiques, sportives et de plein air, soit directement (soleil, beau temps, neige et glace), soit indirectement (paysages et végétation). Parmi les activités touristiques, seules les industries du ski et du golf ont fait l’objet d’études à ce jour et le ski est l’industrie qui a été la mieux analysée. Par contre, il est encore trop tôt pour tirer des conclusions quant à cette industrie. Même si une hausse de la température peut signifier moins de précipitations de neige, un temps plus doux favorise une affluence accrue. Néanmoins, la hausse du besoin en neige artificielle entrainera certainement des coûts pour les stations.
Il y a du positif et du négatif pour le golf aussi : la saison pourrait être prolongée de deux à trois semaines, mais on estime que les journées défavorables – canicules et jours de pluie – vont augmenter.
Les impacts négatifs sur le tourisme proviennent de l’accroissement des précipitations, des canicules et de la dégradation des cours d’eau (prolifération des cyanobactéries). La pêche sera perturbée parce que les poissons sont sensibles aux variations de température. Par contre, grâce à son climat tempéré, le Québec devrait être favorisé par rapport aux régions situées plus au sud.
La santé
Les changements climatiques auront un impact sur la santé humaine. Alors que 80,4 % de la population Québécois est urbaine, on craint une hausse des vagues de chaleur et des ilots thermiques urbains qui pourraient contribuer à réduire l’effet de certains médicaments compromis par la déshydratation. Les personnes âgées seront d’ailleurs plus durement touchées. On peut aussi prévoir une hausse de la pollution atmosphérique, des feux de forêt ou de friche, des pollens, de l’ozone et des particules en suspension qui causent allergies et problèmes respiratoires. On s’attend à une hausse des décès prématurés liés à la pollution. On prévoit aussi que les températures estivales plus chaudes encourageront la population à vivre davantage à l’extérieur, ce qui entrainerait une augmentation de l’exposition aux UV et des cancers de la peau de l’ordre de 20 % par rapport aux niveaux actuels.
Économie
Bien évidemment, tous les changements mentionnés ci-haut auront un impact sur l’économie. Certaines industries devraient s’en sortir mieux que d’autres. On prévoit qu’Hydro-Québec devrait bien s’en tirer : les réserves hydroélectriques se rempliront plus facilement parce que le débit des rivières augmentera dans le Nord. La société risque même d’avoir des surplus d’électricité. La demande en électricité diminuera l’hiver parce que les températures seront plus douces, mais elle augmentera l’été, à cause de la hausse des besoins en air climatisé. Annuellement, par contre, la consommation d’électricité risque de baisser.
S’adapter pour atténuer les effets des changements climatiques
Les humains ont l’avantage d’avoir une surprenante capacité d’adaptation et de pouvoir vivre dans toutes les conditions ou presque. Les adaptations que nous devront effectuer par rapport aux changements climatiques ne se feront pas sans difficulté et devront être planifiées longtemps à l’avance. Le Québec a heureusement la chance d’avoir une économie diversifiée et de nombreuses institutions de recherche, ce qui devrait faciliter la transition vers le monde de demain. Le rapport Ouranos nous rappelle pourtant qu’en parallèle à l’adaptation que nous devrons effectuer, nous devons aussi trouver des solutions pour freiner les émissions de gaz à effet de serre. Nous avons beau avoir une capacité d’adaptation étonnante, nous avons une limite et la planète aussi.
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[1] http://www.ouranos.ca/fr/pdf/sscc_29_04_br.pdf
