
Des bulles de méthane emprisonnées dans la glace d’un lac gelé
Dans le discours environnemental, on entend beaucoup parler du vilain gaz carbonique (CO2), et de son rôle dans le réchauffement de la planète. Le CO2 est devenu l’anti vedette, l’ennemi à combattre. Pourtant, les gaz à effet de serre sont constitués de plusieurs composés, dont le protoxyde d’azote, l’oxygène, la vapeur d’eau et le méthane. Un article sur la contribution du méthane océanique à l’effet de serre paru dans Le Journal de Montréal dimanche passé[1] m’a fait réaliser que je connaissais très peu de choses au sujet de ce gaz, un joueur pourtant très important dans la problématique de l’effet de serre. Voici les quelques trouvailles que j’ai fait à son sujet.
On entend moins parler du méthane et des autres composés des gaz à effet de serre parce qu’ils sont causés dans une moins grande proportion que le C02 par l’activité humaine. Les efforts de réduction d’émissions ne sont donc pas dirigés vers le méthane en priorité, mais vers le gaz carbonique, qui reçoit donc plus de publicité. Pourtant, on estime que sur une période de 100 ans, l’effet d’une tonne de méthane équivaut à l’effet de 21 tonnes de CO2 dans l’atmosphère.[2][3]
Les principales causes d’émissions de méthane[4] :
Causes naturelles :
-Milieux humides : Les bactéries et les végétaux en décomposition présents dans les marécages et autres milieux humides stagnants produisent une fermentation qui libère du méthane dans l’atmosphère. Une hausse de la température a un effet considérable sur les émissions, parce qu’elle accélère le processus.
-La biomasse : La décomposition naturelle des végétaux cause des émissions de méthane (lors de leur oxydation incomplète).
-Sédiments et océans : Du méthane sous pression est contenu en grandes quantités dans des hydrates (clathrates) présents dans les pergélisols de la toundra et des fonds océaniques. Les hydrates sont des molécules d’eau gelée formant des cages qui emprisonnent le méthane. En fondant, les molécules de glace laissent s’échapper le méthane gazeux. D’où son surnom de « glace qui brûle ». Le problème ici c’est que des fuites importantes attribuées au réchauffement des océans ont été enregistrées et qu’elles risquent de se répéter de façon marquée. Le méthane d’origine naturelle est donc relâché dans l’atmosphère en partie à cause de l’activité humaine[5].
À travers le monde, de plus en plus de sources de méthane sous-marines sont découvertes. Le Journal de Montréal cite une étude de l’Université de San Diego sur le golfe du Mexique[6]. On y aurait découvert plusieurs « cheminées de méthane » dont l’effet sur le réchauffement climatique est à considérer sérieusement.
Causes artificielles :
-Milieux humides : Le phénomène de fermentation présent naturellement dans les marécages est retrouvé dans les rizières et les barrages hydroélectriques. Ces milieux humides créés par l’homme reproduisent les mêmes conditions propices à l’émission de méthane que les marécages. Les bactéries méthanogènes sont friandes des milieux stagnants sans oxygène.
-Énergies fossiles : Le gaz naturel est composé à 90 % de méthane. Des fuites de méthanes se produisent lors de son extraction, de son transport et de sa consommation.
-Élevage des ruminants : La digestion des bovidés émet d’importantes quantités de méthane dans l’atmosphère, spécialement quand ils sont nourris de protéagineux (soya). On estime que les flatulences des ruminants sont responsables de 16 % des émissions totales de méthane mondialement. Manger végé, pas si bête finalement…[7]
-Déchets humains : Les dépotoirs et les sites d’enfouissement sont une source non négligeable d’émissions de méthane.
Pour éviter les émissions artificielles de méthane
On peut réduire sa consommation de viande, de lait et de riz, pratiquer le tri des déchets (incluant le compost), faire des pressions sur les dirigeants municipaux pour que le méthane émis par les sites d’enfouissement soit récupéré[8][9].
Espoir?
Le méthane peut être considéré à la fois comme un ennemi terrible et comme un allié. En effet, s’il est brûlé avant de s’échapper dans l’atmosphère sous forme gazeuse, le méthane devient une source d’énergie propre. Plusieurs pays, dont le Japon, l’Allemagne, les États-Unis et le Brésil, se sont lancés dans la course à l’exploitation du méthane sous-terrain et sous-marin[10]. Les derniers prototypes élaborés consistent à faire passer le méthane de la phase solide à la phase gazeuse en injectant du CO2 directement dans le sol sous marin[11]. Le méthane gazeux est ensuite récupéré pour être utilisé comme combustible, ce qui a un effet minime sur l’effet de serre (encore moins qu’en brûlant du gaz naturel).
Le problème du méthane océanique demeure néanmoins préoccupant. Les développements technologiques seront à suivre avec intérêt.
Fait cocasse
Une théorie attribue la cause du mystère du triangle des Bermudes au méthane[12]. En effet, selon cette théorie, un puis de méthane serait situé directement sous le fameux triangle. Des fuites de gaz soudaines et importantes causeraient la formation de grandes quantités de bulles à la surface de l’eau, ce qui changerait sa densité et son pouvoir de flottaison. Les bateaux malchanceux passant par là couleraient donc directement à pic.
Crédit photo : Flickr/Garron Nicholls
[1] « Le méthane et l’effet de serre » (2010). Journal de Montréal, 11avril, p. 13.
[2] http://unfccc.int/ghg_data/items/3825.php
[3] http://www.goodplanet.info/goodplanet/index.php/fre/Contenu/Points-de-vues/Le-methane-probleme-majeur-et-solution-pratique-pour-le-climat/%28theme%29/1947
[4] http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9thane
[5] http://www.ledevoir.com/environnement/259968/methane-contre-carbone
[6] « Le méthane et l’effet de serre » (2010). Journal de Montréal, 11avril, p. 13.
[7] http://www.zeroco2.com/blog/2010/02/22/314/
[8] http://www.ecolodujour.com/article-17395082.html
[9] http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9thane
[10] http://fr.wikipedia.org/wiki/Hydrates_de_m%C3%A9thane
[11] [11] « Le méthane et l’effet de serre » (2010). Journal de Montréal, 11avril, p. 13.
[12] http://www.triangle-bermudes.com/theories-gaz-flatulences-oceaniques.html
