Un opportuniste, Al Gore?
J’ai écouté, en fin de semaine, un documentaire très intéressant, « Everything’s Cool [1]», paru en 2007, mais encore d’actualité. Ce film relate le parcours de différents activistes (appelons-les acteurs du changement) dans leur lutte pour faire connaitre les changements climatiques au public américain. Le film couvre leurs parcours à partir des années 1990 jusqu’à la fin des années 2000. Ces acteurs du changement sont des spécialistes, chacun dans leur domaine : on y retrouve, entre autres, une météorologue, un journaliste retraité, un écrivain environnementaliste, un ancien coordonnateur des communications sur le climat pour la Maison Blanche et des publicitaires.
Ces personnes ont toutes choisi différents canaux de communication pour passer un seul et unique message : la consommation planétaire de combustibles fossiles émet dans l’atmosphère une trop grande quantité de gaz à effet de serre, ce qui cause un réchauffement global de la planète. Ce réchauffement menace de bouleverser l’équilibre des écosystèmes, et du même coup la survie de plusieurs espèces, dont la nôtre. À mes yeux, ça semble d’une évidence! Mais j’oublie trop souvent que je travaille dans le domaine de l’environnement, que j’ai eu la chance d’aller à l’école après le secondaire et que je ne crois pas au créationnisme…
Bref, certaines des personnes présentées dans « Everything’s Cool » ont dévoué leur vie à une cause qui n’a pas toujours été bien reçue du public américain, malgré des faits scientifiquement observés depuis la fin des années 80! Et la principale raison de l’ambivalence du public face à la cause semble avoir été le lobby des pétrolières, appuyé par le sénat américain. Des scientifiques « crédibles » engagés par les pétrolières avaient pour rôle d’alimenter le débat sur la véracité du réchauffement climatique dans les médias. Et tant qu’il y avait un débat entre les scientifiques, la grande majorité du public n’a pas pris position, préférant attendre que les spécialistes se soient entendus avant d’accepter la vérité qu’on a choisie pour eux. Heureusement pour les pétrolières, pendant ce temps, c’était le statu quo.
On semble avoir beaucoup progressé depuis le début des années 2000. Les dirigeants reconnaissent mondialement le problème du réchauffement climatique, organisant même un sommet sur la question à Copenhague, en décembre dernier. Pourtant, dans l’opinion publique américaine, les choses paraissent s’être gâtées dernièrement. Il suffit que des états au climat habituellement chaud reçoivent une bordée de neige pour relancer le débat sur le réchauffement climatique et croire au complot. Même Donald Trump s’improvise expert météorologue[2]! À en croire les commentaires des lecteurs du New York post et de plusieurs blogues, beaucoup d’Américains appuieraient Trump et sa déclaration qu’Al Gore devrait perdre le prix Nobel pour son travail sur le réchauffement climatique. Ils ne voient en lui qu’un opportuniste. À voir, la photo d’un iglou construit par la famille du sénateur républicain Jim Inhofe : « Al Gore’s new home » publiée sur Facebook.
Par ailleurs, un article paru hier dans le quotidien anglais The Gardian cite un récent sondage de la BBC qui conclut que le nombre de citoyens britanniques qui croient au réchauffement climatique est passé de 44% à 31% depuis le mois de novembre dernier[3]. Et cette baisse pourrait être liée, entre autres, au manque de transparence dont ont fait preuve plusieurs environnementalistes depuis l’automne. On ne peut même plus accuser les «méchants » d’être responsables de la manipulation de l’information : des scientifiques britanniques, spécialistes du climat, auraient manipulé des données sur le réchauffement de certaines villes[4] et des scientifiques de l’ONU auraient clamé la fonte de glaciers de l’Himalaya avant 2035, sans preuve solide[5].
À cause louable, tous les moyens sont bons à prendre? Nous avons la preuve que non. L’opinion publique est certainement ébranlée par tous ces « incidents ».
Pour ajouter à la controverse : Yvo de Boer, le plus haut responsable chargé du climat à l’ONU, a annoncé sa démission la semaine dernière, alors que Rajendra Pauchauri, président du GIEC (le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), s’entête à rester en poste, malgré les scandales politiques[6]. Pas de quoi donner confiance en leur cause.
Mais bon, même si vous vous sentez plus sceptiques ces temps-ci, ce n’est pas une raison pour rejeter en bloc tous les efforts effectués jusqu’à présent. Parce que, comme l’explique si bien Colin Beavan sur le blogue No Impact Man [7], même si le réchauffement climatique était une pure invention de l’esprit, pourquoi ne serions-nous pas heureux d’avoir travaillé (et de continuer à le faire) pour vivre dans un monde meilleur? Un monde où nous ne sommes plus dépendants de l’industrie du pétrole, où nos enfants n’ont plus à respirer de smog et où la ville respecte l’humain… et la liste s’allonge.
Si vous avez encore la foi, et j’espère que c’est le cas, sachez qu’il existe maintenant une application iPhone qui vient à bout de tous les questionnements lancés par les sceptiques. En effet, le site australien Skeptical Science (www.skepticalscience.com ) a créé une application gratuite qui permet d’avoir des réponses solides aux questions de vos amis sceptiques. Et des arguments convaincants, vous risquez d’en avoir grandement besoin par les temps qui courent…
Crédit Image : Seditiousblasphemer sur Flickr
[1] http://www.everythingscool.org/
[2] http://www.nypost.com/p/pagesix/global_cooling_7njz5ZtpFblMuF5Vf7LJmN
[3] http://www.guardian.co.uk/environment/2010/feb/23/british-public-belief-climate-poll
[4] http://www.guardian.co.uk/environment/2010/feb/01/leaked-emails-climate-jones-chinese
[5] http://www.guardian.co.uk/environment/2010/jan/20/ipcc-himalayan-glaciers-mistake
[6] http://www.cyberpresse.ca/opinions/editorialistes/andre-pratte/201002/09/01-947685-revenir-a-la-science.php
[7] http://noimpactman.typepad.com/blog/2010/02/what-if-there-is-no-humancaused-global-warming.html
